LA MARQUE DE LA BETE

 

 

 

 

Première Partie

 

 

 

 

SOMMAIRE

Il y a bien longtemps...

Retour vers le prophète

Où avais-je la tête ?!

La marque du Roi Messie

 

 

 

 

 

 

 

Le sujet de la « marque de la bête » a fait couler beaucoup d'encre depuis que Yohanân/Jean a écrit sa Révélation ! Signe physique pour les uns, spirituelle pour les autres, d'une extrême importance ou encore simple détail d'une prophétie, tous les avis sur la question existent. Cette étude ne prétend pas donner la « vérité ultime » sur ce passage de l'Alliance Renouvelée, cependant, elle "innovera" dans son approche de la question, qui se fera à partir des sources écrites et orales d'Israël, afin d'essayer de comprendre, au mieux et dans une perspective Juive, de quoi il en retourne. Le lecteur gardera donc à l'esprit qu'il ne s'agit pas d'un point central dans sa compréhension des Écritures ni dans le travail de son salut en Yéshou'a (Jésus), et que l'essentiel n'est pas de spéculer sans fin sur cette marque mais d'essayer, à notre niveau, de décoder le message. Voyons donc tout d'abord le passage en question.

*

« Puis je vis monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms de blasphème.

La bête que je vis était semblable à un léopard; ses pieds étaient comme ceux d'un ours, et sa gueule comme une gueule de lion. Le dragon lui donna sa puissance, et son trône, et une grande autorité.

Et je vis l'une de ses têtes comme blessée à mort; mais sa blessure mortelle fut guérie. Et toute la terre était dans l'admiration derrière la bête.

Et ils adorèrent le dragon, parce qu'il avait donné l'autorité à la bête; ils adorèrent la bête, en disant: Qui est semblable à la bête, et qui peut combattre contre elle?

Et il lui fut donné une bouche qui proférait des paroles arrogantes et des blasphèmes; et il lui fut donné le pouvoir d'agir pendant quarante-deux mois.

Et elle ouvrit sa bouche pour proférer des blasphèmes contre HaShem, pour blasphémer son nom, et son tabernacle, et ceux qui habitent dans le ciel.

Et il lui fut donné de faire la guerre aux saints, et de les vaincre. Et il lui fut donné autorité sur toute tribu, tout peuple, toute langue, et toute nation.

Et tous les habitants de la terre l'adoreront, ceux dont le nom n'a pas été écrit dès la fondation du monde dans le livre de vie de l'agneau qui a été immolé.

Si quelqu'un a des oreilles, qu'il entende!

Si quelqu'un mène en captivité, il ira en captivité; si quelqu'un tue par l'épée, il faut qu'il soit tué par l'épée. C'est ici la persévérance et la foi des saints.

Puis je vis monter de la terre une autre bête, qui avait deux cornes semblables à celles d'un agneau, et qui parlait comme un dragon.

Elle exerçait toute l'autorité de la première bête en sa présence, et elle faisait que la terre et ses habitants adoraient la première bête, dont la blessure mortelle avait été guérie.

Elle opérait de grands prodiges, même jusqu'à faire descendre du feu du ciel sur la terre, à la vue des hommes.

Et elle séduisait les habitants de la terre par les prodiges qu'il lui était donné d'opérer en présence de la bête, disant aux habitants de la terre de faire une image à la bête qui avait la blessure de l'épée et qui vivait.

Et il lui fut donné d'animer l'image de la bête, afin que l'image de la bête parlât, et qu'elle fît que tous ceux qui n'adoreraient pas l'image de la bête fussent tués.

Et elle fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçussent une marque sur leur main droite ou sur leur front,

et que personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom.

C'est ici la sagesse. Que celui qui a de l'intelligence calcule le nombre de la bête. Car c'est un nombre d'homme, et son nombre est six cent soixante-six » (Révélation, chapitre 13)

*

« Bête », « marque », « 666 », « cornes », voilà de biens curieux termes pour désigner des réalités concrètes de notre monde ! La Révélation de Yohanân a été écrite par un Juif, talmid/élève du Roi Messie Juif Yéshou'a, et élevé dans une atmosphère Juive. Si le message qu'il transcrit provient d'une révélation Divine, il est bien évident qu'il fait appel à toute sa connaissance en Torah, écrite et orale, Yéshou'a lui-même, qui lui parle, étant la Torah Vivante par excellence ! Et selon nos Maîtres, toute écriture de Torah Orale est dirigée par la rouah, le souffle du Roi Messie, qui fut créé avant le monde, afin d'amener Israël (et les Nations par son biais) à la Délivrance Finale, au seuil de l'éternité. Penchons-nous donc sur les enseignements des Maîtres d'Israël et partons à la découverte de cette bien mystérieuse marque !

Il y a bien longtemps, dans une terre lointaine, très lointaine...

L'histoire adamique commence par un tragique meurtre, perpétré par l'un des fils du premier couple, Adâm et Havah. Qayîn et vèl (Caïn et Abel) font tous deux un qorbân, une offrande au Maître du Monde, cependant celle du premier, composée de produits de la terre, est rejetée, tandis que celle du frère, provenant de son bétail, est agréée. Quelle injustice ! Malgré les encouragements d'HaShem, Qayîn va s'emporter contre son semblable, et sa haine va le faire déraisonner au point que, selon le midrash, il affirmera, juste avant son acte assassin : "il n'existe ni monde futur, ni récompense pour les justes et châtiment pour les injustes" !

 

E.lohim, le Juste Juge, intervient : tu as tué ton frère ? Eh bien tu porteras le poids de ta faute ! Tu es condamné à l'exil ! L'homme commence à prendre peur : mais quiconque me trouvera me tuera ! M'enfuyant loin de Ta Face, les animaux me pourchasseront, les non adamiques voudront me tuer, et qui sait encore ?

 

Le Saint Béni Soit-Il le rassura alors « Et Il lui dit : si quelqu'un tuait Qayîn, il serait vengé sept fois. Et HaShem mit un signe à Qayîn, pour que quiconque le trouverait ne le tuât pas » (Béréshit/Genèse 4:15).

 

Qayîn est rassuré : HaShem lui donne un signe pour le protéger partout où il se rendrait. Personne ne pourrait le toucher, que ce soit un animal, un homme ou même un démon...Mais qu'est-ce que ce signe, cette marque, qui paraît si singulière et, surtout, si redoutable ? Avant d'étudier les réponses données par la Torah Orale, penchons-nous sur ce mot en hébreu. « Signe » (ou marque) se dit « ot » et s'écrit אות, de valeur numérique (guématria) 407. La première fois que ce mot apparaît dans la Torah de Moshé, c'est au sujet des astres :

 

« Et Il dit, E.lohim : qu'il y ait des lumières dans l'étendue des Cieux, pour séparer entre le jour et la nuit, et ils seront des signes (אתת otot, pluriel de ot) pour les temps, et les jours, et les années » (Béréshit/Genèse 1:14)

 

Voici le commentaire de Rachi sur le terme « signe » : « Une éclipse des luminaires est mauvais signe pour le monde. Il est certes écrit : « ne tremblez pas devant les signes célestes ! » (Yirmeya/Jérémie 10, 2). Cependant, ce verset ne s’applique qu’au cas où vous exécutez la volonté du Saint béni soit-Il, car alors vous n’avez à redouter aucun châtiment (Soukkah 29a) ».

 

Ici, les signes/marques sont les astres célestes (soleil, lune, étoiles) qui par leur présence nous donne la possibilité de différencier le Shabbat des six autres jours de la semaine, les Fêtes (Péssah/Pâque, Shavouôt/Pentecôte, Soukkot/Tabernacles, etc) des temps profanes. Il est intéressant de noter que pour les païens, ces signes sont annonciateurs de malheurs, tandis que pour Israël (au sens large du terme : le peuple descendant de Ya'aqov/Jacob et les greffés Non-Juifs en Yéshou'a) ils sont annonciateurs de moments de joies : les Fêtes d'Hashem !

 

A ce stade, nous pouvons donc déjà comprendre qu'un signe peut être physique (celui sur Qayîn) ou un moment dans le temps (défini par les astres). Nous retrouvons d'ailleurs cela un peu plus loin dans la Torah, puisque trois mitsvot (commandements) sur les 613 sont désignées par le terme « ot », signe : le shabbat, la circoncision, et les téfilines ('phylactères' dans les versions françaises). Le premier de ces trois est un signe temporel, les deux autres des signes physiques, dont un inscrit dans le corps de l'homme et l'autre posé, mis, sur le corps. Le shabbat permet de différencier Israël des Nations dans le temps (quand le monde continue de « courir », Israël cesse toute activité), la circoncision permet de différencier le Juif, consacré à son Père Céleste, du Gentil (le Non Juif), et les téfilines permettent de différencier le fils d'Israël, sur qui le Nom Divin est appelé, du païen, toujours esclave de son « Égypte » personnelle.

 

Selon nos Maîtres, un Juif doit toujours posséder deux signes en permanence sur lui, pour témoigner au monde physique et spirituel qu'il appartient non pas au pharaon d’Égypte, qu'il n'est pas esclave, mais qu'il appartient au Créateur de toutes choses. C'est pourquoi, possédant toujours le signe de la circoncision dans sa chair, il portera les téfilines durant les six jours de la semaine, et non le septième, shabbat, étant un signe (temporel) en lui-même (nous reviendrons sur l'importance des téfilines plus loin dans l'étude).

 

Revenons donc à Qayîn et essayons de comprendre la nature de cette marque. Pour commencer, rapportons les dires de Rachi :

 

« Il lui grave une lettre de Son Nom sur le front ». Selon une autre version : « Il lui redonna la crainte (de lui) aux bêtes sauvages »

 

Ce commentaire tire sa source du Targoum Yonatân, traduction araméenne de la Torah :

 

« Et HaShem scella sur la face de Qayîn le signe du Nom [Divin] Grand et Honorable »

 

'Iqar Siftéi Hakhamim précise quelle lettre du Nom Divin en particulier fut gravée (pour rappel, en hébreu, le Nom Divin s'écrit יהוה) :

 

« Le signe est une lettre de Son Nom, à savoir du Nom du Saint Béni Soit-Il, et il s'agit de la lettre ה Hé, allusion à : « quiconque horeg הורג (« tue ») Qayîn » (Rabbi Shlomo Louria) »

Ainsi, la lettre , « provenant » du Nom d'HaShem Lui-même, fut gravée sur le front de Qayîn. Pourquoi cette lettre en particulier ? Car selon nos Maîtres « ce monde a été créé avec la lettre Hé et le monde futur avec la lettre youd » (Talmud), ce qui signifie que cette lettre possède en elle-même toutes les forces de ce monde. Avec celle-ci, Qayîn pouvait donc dominer ceux qui en voulaient à sa vie. Et l'allusion à cela dans la Torah se trouve dans Béréshit/Genèse 2:1 où il est écrit : « Voici l'histoire des Cieux et de la Terre quand ils furent créés ». Dans le Texte original en hébreu, le mot « créé » est écrit avec un petit Hé : בהבראם.

 

Voyons néanmoins quelques autres avis sur la question (la Torah possède 70 facettes, et les avis sont complémentaires, et à comprendre à différents niveaux). Les Pirqé déRabbi Eliezer, pour sa part, nous dit que « Le Saint Béni Soit-Il prit une lettre parmi les 22 lettres de la Torah et la plaça sur le bras de Qayîn, de sorte qu'il ne soit pas tué » (chap.21). Selon d'autres versions de ce midrash, il n'est pas dit sur le bras mais sur le visage. Là encore, nous reviendrons sur ce détail un peu plus loin.

 

Le Midrash, pour sa part, nous enseigne ceci :

 

« Rabbi Yéhoudah a dit : il fit se lever le soleil pour lui. - Quoi ! Il aurait fait se lever le soleil pour cet impie, demanda Rabbi Néhémia ? En fait, c'est la lèpre qu'Il fit apparaître sur lui, comme il est dit : Ainsi, s'ils ne te croient pas et ne sont pas convaincus par le premier signe » (Shémot/Exode 4:8). Rav a dit : Il lui donna un chien. Abba Yossi bar Qésari a dit : Il lui fit pousser une corne. Rav a dit : Il fit de Qayîn le symbole de tous les meurtriers. Rav Hanîn a dit : Il fit de Qayîn le symbole de tous les repentants. Rabbi Lévi a dit au nom de Rabbi Shi'môn ben Laqish : Il suspendit la sentence, le temps que le déluge vienne le punir » (Béréshit Rabbah 22:12)

 

Enfin, le Méam Loez :

 

« Quant à la nature de cette marque, les opinions sont multiples. Certains affirment qu'HaShem grava une lettre de Son Nom sur le front de Qayîn. Selon d'autres, le soleil se levait pour lui avant son heure. Quand les animaux voulurent l'attaquer, il faisait nuit et d'autres forces dangereuses étaient à l'affût. HaShem fit lever le soleil afin de les écarter de Qayîn. Les forces démoniaques, n'ayant aucun pouvoir le jour, ne purent donc l'atteindre […] pour d'autres son signe était la lèpre, permettant aux animaux de le reconnaître et de ne pas l'approcher. Une autre opinion affirme qu'HaShem donna à Qayîn un chien comme signe/compagnon. Puisqu'il craignait les animaux, HaShem lui fit don d'un animal familier. Lorsqu'il voyageait, le chien partait en tête et Qayîn le suivait.

Certains disent que ce meurtre eu lieu la veille de Shabbat, au crépuscule. Le mérite du Shabbat préserva Qayîn de tout danger [la marque serait donc le Shabbat, désigné comme un « signe » par la Torah elle-même] » (Béréshit chap.12)

 

Si nous résumons et essayons de marier ces différents avis et midrashim (choses souvent très compliquée, dû aux 70 facettes de la Torah, comme cela a été dit), nous comprenons que Qayîn aurait tué Hévèl la veille du shabbat (signe temporel béni par le Créateur), et HaShem matérialisa ce signe temporel sur Qayîn sous la forme de la lettre Hé du Nom Divin (représentant la création de ce monde et ses forces, dont le shabbat en est le couronnement) en le gravant sur son front, lui permettant de dominer ceux qui en veulent à sa vie. Dans le même temps, une certaine sorte de lèpre était visible sur lui, ce qui permettait de comprendre qu'il était une personne maudite tout en étant protégé par le Créateur. Il y a donc deux significations au signe : Qayîn eu une certaine forme de repentance, ce qui « entraîna » HaShem à lui graver Sa lettre sur son front, mais sa lèpre montrait qu'elle n'était pas totale. Il y a d'ailleurs un jeu de mot en hébreu confirmant cela : il fit une certaine téshouvah/repentance. En hébreu, téshouvah s'écrit תשובה. Nous pouvons néanmoins lire ce mot תשוב ה tashouv hé, « le revient » ! De plus, téshouvah est également de la même racine que le mot שבת shabbat !

 

Enfin, au lever du jour, intervenu plus tôt que d'habitude, il partit vers la terre de Nod et un chien l'accompagnait sur son chemin afin d'apaiser ses craintes, et d'ouvrir la voie devant lui.

Retour vers le prophète

Maintenant que nous avons vu l'enseignement de la Torah sur le signe, penchons-nous sur les dires des prophètes d'Israël, et en particulier Ézéchiel (hézqèl pour les intimes) :

 

"HaShem lui dit: Passe au milieu de la ville, au milieu de Jérusalem, et fais une marque sur le front des hommes qui soupirent et qui gémissent à cause de toutes les abominations qui s'y commettent. Et, à mes oreilles, il dit aux autres: Passez après lui dans la ville, et frappez; que votre œil soit sans pitié, et n'ayez point de miséricorde ! Tuez, détruisez les vieillards, les jeunes hommes, les vierges, les enfants et les femmes; mais n'approchez pas de quiconque aura sur lui la marque; et commencez par mon sanctuaire! Ils commencèrent par les anciens qui étaient devant la maison" (hézqèl/Ézéchiel 9:4-6)

 

HaShem va juger Son Peuple, en envoyant l'ange exterminateur. Cependant, nos Maîtres nous apprennent que quand cet ange commence à frapper, il ne fait pas la distinction entre les justes et les méchants. Eh oui, un ange, malgré sa stature spirituelle, n'est pas omniscient ! La solution ? Mettre des « panneaux indicateurs » ! Celui-là, tu peux le tuer, mais celui-là, pas touche !

 

Mais creusons ce Texte plus profondément, et retirons les perles qui s'y trouvent ! Cependant, avant de nous pencher sur les commentateurs, petite précision. En réalité, la traduction est quelque peu inexacte. Il est dit ici : « et fais une marque sur le front ». Or, en hébreu, il est écrit :

וְהִתְוִיתָ תָּו עַל-מִצְחוֹת, soit : « et grave un tav sur les fronts » etc. Le tav est la dernière lettre de l'alphabet hébraïque et s'écrit ת. Pourquoi un tav et pas une autre lettre ? Essayons de comprendre :

 

"Vous devez marquer un signe sur les fronts des hommes justes afin que ce soit une indication pour empêcher les [anges] destructeurs de les frapper" (Rachi)

 

Le Malbim confirme en disant que cette marque sert de signe pour les tsadikim, les justes. Quant au Sforno, pour sa part, il relie ce passage à celui de Shémot/Exode 12:22, qui traite de la sortie d’Égypte du peuple d'Israël : « Et vous, vous ne sortirez pas : une fois la maison marquée par du sang, vous vous ne sortirez pas, et de cette manière [seulement, HaShem] sautera au-dessus, comme dans hézqèl/Ézéchiel 9:4 : « tu traceras un tav » ».

Néanmoins, c'est le Talmud qui donne le plus de précisions sur cette histoire :

 

« Rabbi Aha le fils de Rabbi Hanina a dit : jamais un bon décret n'a été édicté de la bouche du Saint Béni Soit-Il dont Il s'est ensuite rétracté en mal, excepté pour cette chose-là [à savoir, pour n'avoir pas protesté quand il le fallait] ainsi qu'il est écrit : « HaShem lui dit : passe dans la ville, dans Jérusalem, et inscris la lettre Tav sur le front des gens qui soupirent et qui gémissent devant toutes les abominations qui sont faites en son sein ». Le Saint Béni Soit-Il a dit à [l'ange] Gavriel : va et inscris sur le front des vertueux un Tav d'encre, afin que les anges de destruction n'aient pas prise sur eux, et sur le front des mécréants inscrit un Tav de sang, afin que les anges de destruction aient prise sur eux. L'Attribut de stricte Justice a dit devant le Saint Béni Soit-Il : Maître de l'Univers, en quoi ceux-ci diffèrent-ils de ceux-là ? Il lui a répondu : ceux-ci sont totalement vertueux et ceux-là sont totalement impies. Il lui a alors répondu : Maître de l'Univers, les justes avaient la possibilité de protester [contre les abominations commises] mais ils ne l'ont pas fait ! HaShem lui dit alors : il est clair et connu de Moi que si ils avaient réprimandés les pécheurs, ils n'auraient accepté d'eux aucun reproche. Il lui répondit : Maître de l'Univers, Toi tu le savais, mais pas eux !

Et c'est à ce propos qu'il est écrit : Tues jusqu'à l'extermination, le vieux, le jeune homme et la jeune fille, enfant et femmes, mais de tout homme portant le Tav vous n'approcherez pas. Et vous commencerez par Mon Sanctuaire. Et il est écrit : « Et ils commencèrent par les anciens qui étaient devant la Maison ». Rav Yossef a enseigné : ne lis pas « Mon Sanctuaire » mais « Mes sanctifiés », ce sont les gens qui ont accompli toute la Torah, de la première lettre aleph à la dernière lettre tav » (Shabbat 55a)

 

« Et en quoi se distingue la lettre Tav [pour qu'HaShem l'ait choisie pour être inscrite sur le front des vertueux] ? Rav a dit : Tav signifie תחיה « vous vivrez » (les justes) et Tav signifie aussi תמות « vous mourrez » (les impies). Et Shmouël a dit : [Tav indique] que תמה זכות אבות le mérite des Pères est épuisé. Rabbi Yohanân a dit : [Tav indique] que תחון זכות אבות le mérite des Pères confère la grâce. Et Reish Lakish a dit : Tav est la conclusion du sceau du Saint Béni Soit-Il, ainsi que Rabbi Hanina a dit : le sceau du Saint Béni Soit-Il est אמת Vérité. Rabbi Shmouël bar Nahmani a dit : [cela signifie] : ce sont les gens qui ont accompli toute la Torah d'aleph à tav. » (Shabbat 55a)

Une question peut se poser : pourquoi marquer également les méchants ? Si les justes possèdent un signe, cela signifie que l'ange exterminateur peut tuer tous les autres ! En réalité non, car il existait un troisième groupe, celui des gens intermédiaires, qui n'étaient ni justes ni méchants, et qui ne méritaient donc ni salut, ni destruction (selon le commentaire du Maharcha).

 

Concernant cette « discussion » entre HaShem et l'attribut de Justice, le Midrash Tânhouma, section Tazri'a, nous rapporte que les Justes auraient dû réprimander les méchants, quitte à se faire injurier, frapper, voir tuer, pour la sanctification du Nom Divin. Si une remontrance à des chances, même infimes, d'être acceptée, elle doit alors être dite.

 

Ensuite, pourquoi un tav d'encre pour les justes ? Car ils accomplissaient la Torah, écrite avec de l'encre sur les parchemins. Et pourquoi un tav de sang pour les méchants ? Car ils étaient meurtriers et versaient le sang de leurs frères.

 

Résumé des avis : HaShem va envoyer des anges exterminateurs pour châtier Son peuple, pécheur. Auparavant, il démarque les individus afin que les anges accomplissent leur mission parfaitement. Les justes possèdent sur leur front la lettre tav écrite avec de l'encre et les méchants la même lettre écrite en sang. Il s'agit de marques spirituelles, non visibles physiquement, l'encre et le sang renvoyant à des notions spirituelles. Les personnes intermédiaires présentes dans la ville de Jérusalem ne sont pas marquées.

La même lettre, le tav, est choisie pour les deux groupes car elle est capable de représenter à elle seule deux conditions spirituelles totalement opposées. La différence se situe dans la composition de l’élément servant à inscrire la lettre, et représentant l'état spirituel de la personne. Par exemple, la même lettre peut signifier pour les justes que le mérite des pères est toujours source de grâce, car ils marchent dans leurs traces, tandis que pour les méchants, ce mérité n'existe plus, étant donné qu'ils suivent leur propre chemin ! (Tossefot, Rabbénou Tam).

 

Terminons l'étude de ce passage du Talmud avec ce texte, fort intéressant et apportant certaines précision :

 

« « Et voici, six hommes venant par la porte supérieure tournée vers le nord, chacun avec son arme de destruction dans la main, et avec eux un homme vêtu de lin, avec un encrier de scribe à sa ceinture. Ils vinrent et se tinrent près de l'autel de cuivre » […] le Saint Béni Soit-Il leur dit : commencez de l'endroit ou l'on prononce les chants devant Moi !

Et qui sont les six hommes [c'est-à-dire les anges de destructions] ? Rav Hisda a dit : Fureur, Colère et Courroux, Destructeur, Démolisseur et Exterminateur » (Shabbat 55a)

 

HaShem montre au prophète les six anges exterminateurs, les nomment, et l'ange Gavriel qui les accompagne. Or, il est intéressant de constater que dans la Révélation de Yohanân/Jean, il est question de sept anges qui versent les coupes de colère d'E.lohim sur le monde, et l'un de ces sept va montrer au disciple du Roi Messie « le jugement de la grande prostituée » (Révélation 17:1). Nous retrouvons ici « nos » six anges exterminateurs (portant les « doux noms » de « Fureur », « Colère », « Courroux », etc) plus Gavriel, qui est « l'ange du jugement » (Talmud) !

 

De plus, toujours selon le Talmud, ces anges, au temps d’Ézéchiel, se tiennent près de « l'autel de cuivre » dans le Temple. Or, dans la Révélation, les sept anges sortent du Sanctuaire (le Temple), reçoivent leurs ordre de la Voix Divine sortant du Temple et...de l'autel ! (Révélation 16:7).

Où avais-je la tête ?!

 

Avant de relier toutes ces informations avec le Texte qui nous intéresse, concernant la marque de la bête, essayons de comprendre : pourquoi le front en particulier ?

 

En hébreu, front s'écrit מצח et possède une valeur numérique de 138. Cette guématria est également celle du mot לקח, qui signifie « prendre, accepter, percevoir ». Ainsi, si du cœur provient les sources de la vie, le libre-arbitre de faire le bien ou le mal se « situe » au « niveau » du front, de la tête, qui « prend » les enseignements autour de lui, et décide ce qu'elle en fera. Par son libre-arbitre, une personne peut sauver le monde ou le détruire, elle peut accepter HaShem ou Le rejeter...Là se situe sa grandeur et sa bassesse ! Là il décide si il suivra le chemin tracé par « l'encre de la Torah » ou si il préférera « verser le sang »...

 

Cette réalité est spirituelle, certes, mais se traduit généralement par des actes physiques. C'est pourquoi HaShem demandera à Aharôn, le cohen gadol (ou souverain sacrificateur) de porter sur le front un tsits (tiare en français) sur laquelle il sera gravé « Consacré à HaShem » (Shémot/Exode 28:36-38). Ou encore, c'est la raison pour laquelle David arrivera à battre Goliath en lui lançant une pierre...dans le front. Et oui, il pouvait être couvert d'une armure de la tête au pied, et ne laisser qu'un petit espace au niveau du front, pour un consacré à HaShem comme le futur roi d'Israël, David, c'est suffisant pour le mettre à terre, car ce « n'est pas lui qui combat mais le D. d'Israël pour lui », or, n'appartenant pas au Créateur, n'ayant pas Sa marque gravée sur lui (spirituellement), rien ne pouvait empêcher le jugement Divin de s'abattre !

 

Dernier exemple, le roi 'Azaryah/Ozias (Divréi Hayamim/2 Chroniques 26:19) : il utilisa son libre-arbitre pour aller à l'encontre de la Volonté Divine, il en résulta que la lèpre éclata...sur son front.

 

Mais n'ayez crainte, car la solution se trouve tout près de vous :

 

« Pour toi, dirige ton cœur vers HaShem, Étends vers lui tes mains, Éloigne-toi de l'iniquité, Et ne laisse pas habiter l'injustice sous ta tente. Alors tu lèveras ton front sans tache, Tu seras ferme et sans crainte »  (Iyov/Job 11:13-15)

La Marque du Roi Messie

Il est écrit la chose suivante :

 

"Ne faites point de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, jusqu'à ce que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre E.lohim" (Révélation 7:3)

 

"Je regardai, et voici, l'agneau se tenait sur la montagne de Tsiôn, et avec lui cent quarante-quatre mille personnes, qui avaient son nom et le nom de son Père écrits sur leurs fronts" (Révélation 14:1)

 

Si chaque « nés de nouveau » possède la marque d'HaShem sur lui, ici le Texte nous enseigne que 144 000 Israélites, provenant de chaque Tribu du peuple, en reçoivent une « spéciale ». Ils sont, si l'on peut dire ainsi, l'unité d'élite spirituelle du Roi Messie. Les autres Juifs et les Gentils greffés en Yéshou'a faisant partis de l'immense foule (Révélation 7).

 

Il est donc rapporté qu'ils possèdent le sceau d'HaShem, or nous avons vu que « Rabbi Hanina a dit : le sceau du Saint Béni Soit-Il est אמת Vérité » (Shabbat 55a). De plus, « car c'est lui [Le Messie] que le Père, qu'HaShem a marqué de Son sceau » (Yohanân/Jean 6:27) et « Je suis Chemin, Vérité, Vie » (Yohanân/Jean 14:6). Ainsi, Emet/ אמת (vérité en français) est un des noms du Messie. Or, les croyants en Yéshou'a possèdent la lettre et l'esprit, l'encre-sang qui délivre tout homme qui se place sous son expiation, car il nous a acquis « par son propre sang » (Histoire des talmidîm/Actes 20:28).

 

Donc : les 144 000 Israélites, descendants d'Avraham, de Yitshaq et de Ya'aqov, appartenant au Roi Messie, circoncis de chair et de cœur, possèdent spirituellement gravés sur leur front le Nom Divin יהוה, et le nom אמת Emet/Vérité, désignant le Messie, tous deux écris en encre de sang.
אמת, vérité, est composée de la première lettre de l'alphabet hébraïque, le א aleph, de la dernière, le ת tav, et de celle du milieu de l'alphabet, le מ mem. Le מ mem commençant le mot Mashiah/Messie en hébreu, et également Mélèkh/Roi.

 

Ils ont donc le « Père et le Fils », ainsi que la justification apportée par l'ensemble de la Torah (d'aleph à tav), en Yéshou'a le Roi Messie (le mem), matérialisée par son sang (l'encre) ! Le tout couronné par la pratique de la Torah car « Ta Torah Est Vérité » (Téhilim/Psaume 119:142), « Et tous tes commandements sont la vérité » (Téhilim/Psaume 119:151), « ils gardent les commandements d'HaShem et ont le témoignage de Yéshou'a » (Révélation 14:12).