קרח

Parashat Qorah

Je comprends donc je fais !

Torah : Bamidbar/Nombres 16:1 à 18:32

Haftarah : I Shmouël/Samuel 11:14 – 12:22

Qorah, un Israélite, se lève du peuple afin de contester Moshé et son autorité. Après tout, est-il vraiment celui qui doit conduire Israël en Terre Promise ? En réalité, cette objection (et d'autres) ont pour racine sa jalousie de n'avoir pas été choisi comme Cohen. Il entraînera une partie des hébreux dans sa révolte, qui se soldera par un terrible échec et sa descente, vivant, vers le shéol, le séjour des morts ! Par la suite, HaShem confirmera Son choix d'Aharôn en tant que sacrificateur en faisant fleurir son bâton en l'espace d'une nuit. HaShem donne ensuite une série de mitsvot, de commandements, concernant cette caste sacerdotale.

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« Qorah/Koré ben Yitsah, ben Qéhat ben Lévy, se révolta avec Datân et Avirâm, bnéi Eliav, et Ôn ben Péleth » (Bamidbar/Nombres 16:1)

 

Nous voyons que la généalogie de Qorah termine d'être citée à Lévy. Mais pourquoi la Torah ne remonte-elle pas à Ya'aqov/Jacob le patriarche, père de Lévy ? Car Ya'aqov avait vu par inspiration prophétique quelques siècles plus tôt que sortirait de lui un fauteur de trouble, et il pria pour que son nom ne soit pas mentionné lors du récit de leur dispute ! Comme il est dit :

 

« Que mon honneur ne s'unifie pas à leur assemblée ! » (Béréshit/Genèse 49:6)

 

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Quel était le sujet de contestation de Qorah ? Le principal fut que la jalousie s'empara de lui, car il n'avait pas été choisi comme Cohen, HaShem ayant désigné Aharôn, le frère de Moshé. Mais la Torah orale rapporte également une autre information : il remettait en doute le fait que la Torah que Moshé transmettait au Peuple soit véritablement d'origine divine.

 

Ainsi, il alla voir Moshé et lui demanda la chose suivante : « Moshé, est-il vrai qu'HaShem a demandé à chaque Israélite de placer une mézouza à sa porte ? [la mézouza est le parchemin sur lequel est écrit un passage de la Torah, que chaque maison Israélite place sur le montant de ses portes] ». Moshé lui répondit : « Oui, c'est exacte » ! Alors Qorah répliqua : « dans ce cas, si un homme possède plusieurs livres de Torah dans sa maison, est-il dispensé de mettre une mezouza ? » « Non, lui répondit Moshé, le commandement c'est la mézouza. Il vaut mieux avoir une mezouza et aucun livre chez soi que le contraire ».

 

Qorah tourna alors en dérision Moshé devant tout le peuple : quoi, tu vas nous faire croire qu'un simple petit parchemin a plus de valeur que plusieurs livres de Torah ?

 

Et il continua a remettre en cause d'autres mitsvot : HaShem demande de faire des tsitsit avec un fil bleu à chaque coin du vêtement. Mais, si l'on porte un vêtement entièrement tissé de couleur bleu, cela est-il kasher ? Non répond Moshé ! Le commandement c'est un simple fil bleu sur la frange, et non un vêtement entièrement bleu !

 

Qorah ne comprenait pas, avec sa logique humaine, les demandes du Créateur. Et c'est ce qui causa sa perte, avec la jalousie tapie dans son cœur.

 

Jusqu'à aujourd'hui, il existe toujours des Qorah : des personnes qui acceptent les lois « logiques » de la Torah, par exemple les lois morales : ne pas assassiner, ne pas commettre d'adultère, respecter ses parents, aimer son prochain, donner aux pauvres, etc. Mais dès que des lois dépassant l'entendement humain sont citées, c'est la révolte ! « HaShem se fiche de ce que contient mon assiette, seul le cœur compte ! », « c'est du légalisme ! », « Ça ne nous concerne plus aujourd'hui, au XXI ième siècle », « Non mais à l'époque, ils n'avaient pas de frigo ! », etc.

 

L'être humain a peur de ce qu'il ne connaît pas/comprend pas, et fait tout pour l'écarter de sa pensée. Mais cela n'empêche pas que ça reste la vérité ! Torah signifie non « loi » mais « mode d'emploi ». Le Créateur ne saurait-Il pas ce qui est bon pour l'âme de l'homme ? L'homme aurait-il la prétention de savoir ce qui ouvre son âme et le connecte au Divin ?

 

Qorah croyait, pour sa part, que tout passait par son intelligence et sa compréhension des choses. Il en résultera qu'il finira par descendre vivant dans le shéol, le séjour des morts. Triste fin !

 

Et n'oublions pas que toutes ces choses ont été écrites pour notre instruction, afin de nous servir d'exemple. Certes, tous les Qorah d'aujourd'hui ne finissent pas six pieds sous terre en abolissant les mitsvot, commandements ! Cependant, la façon dont HaShem les voit n'est pas très glorieuse, et leur fin sera, au final, le séjour des morts également, puisqu'ils ne connaîtront pas la résurrection ! 

 

« Malheur à eux, car c'est la voie de Kayîn qu'ils suivent, ils se sont abandonnés pour de l'argent aux erreurs de Bil'âm, et ils ont été détruits dans la rébellion de Qorah ! Ces hommes sont des tâches dans les rassemblements festifs que vous préparez pour encourager l'amour fraternel […] Ce sont des nuages sans eau emportés par le vent, des arbres ne portant aucun fruit même en automne et qui, une fois déracinés, sont doublement morts ! Des vagues sauvages de la mer soulevant l'écume de leurs œuvres honteuses, des étoiles errantes à qui la noirceur des ténèbres est réservée pour toujours »  (Lettre de Yéhoudah/Jude)

 

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« La Terre ouvrit sa bouche, et les engloutit, eux et leurs maisons, avec tous les gens de Qorah et tous leurs biens » (Bamidbar/Nombres 16:32)

 

Beaucoup de personnes pensent qu'HaShem est « cruel ». En effet, pourquoi tuer la famille avec le fauteur ?

 

En réalité, si la famille est tuée avec lui, c'est parce qu'elle se trouve également dans la rébellion. Ceux qui se repentent ne sont pas touchés, et nous le voyons ici :

 

« Qorah/Koré ben Yitsah, ben Qéhat ben Lévy, se révolta avec Datân et Avirâm, bnéi Eliav, et Ôn ben Péleth » (Bamidbar/Nombres 16:1)

 

Les principaux fauteurs de troubles sont Qorah, Datân, Avirâm et Ôn. Or, il est écrit par la suite :

 

« Ils se retirèrent de toutes parts loin de la demeure de Qorah, Datân et Avirâm » (16:27)

 

Tiens, mais où est passé Ôn ? Le Talmud répond à cela :

 

« Rav a dit : Ôn ben Péleth, c'est sa femme qui l'a sauvé. Car elle lui a dit : que gagneras-tu  de toute façon ? Si Moshé gagne, tu ne resteras que son disciple, et si c'est Qorah qui gagne, tu ne seras que son disciple également ! Il lui répondit : que dois-je faire selon toi ? Je fais parti du complot et je leur ai prêté serment […] elle lui dit : reste ici avec moi et je vais te sauver. Elle lui fit boire du vin jusqu'à l'enivrer. Elle l'a couché à l'intérieur et s'est assise elle-même à la porte, et a défait sa chevelure [comme pour faire sa toilette]. Par délicatesse et respect, quiconque venait chercher son mari revenait sur ses pas, en voyant l'épouse ainsi à l'entrée de sa tente » (Traité Sanhédrîn 109b)

 

Et il est également dit :

 

« Et les fils de Qorah ne moururent pas » (Bamidbar/Nombres 26:11)

 

Rachi : « Ils étaient présents dans le complot dès le début, mais au moment de la dispute, ils eurent des pensées de repentir dans leur cœur ».

 

HaShem est Juste, et ne châtie que celui qui le mérite. Et quant à ceux qui pensent qu'HaShem est plus « gentil » dans l'Alliance Renouvelée, nous les renvoyons à l'épisode d'Ananias et Saphira (Actes des apôtres) !

 

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Pour la petite histoire, un Maître d'Israël ayant vécu après la destruction du deuxième Temple a pu assister à cette scène en « directe » ! Mais lisez plutôt !

 

« Rabbah fils de Bar Hana a dit : je marchais un jour sur la route et un marchand indigène [le prophète Elie « déguisé »] m'a dit : viens et je vais te montrer l'endroit où Qorah a été engloutit. J'y suis allé et j'ai vu deux crevasses d'où sortait de la fumée. Il a pris une poignée de laine de mouton tondue, il l'a trempé dans l'eau, il l'a fixée à la pointe de son poignard et il l'a fait passer par dessus, et elle a brûlé ! Il m'a dit : écoute bien ce que tu vas entendre. Et j'ai entendu que l'on disait ceci [il s'agissait de la voix de Qorah au séjour des morts!] : Moshé et sa Torah sont vérité, et nous autres les faussaires ! » (Sanhédrîn 110a).