וארא

Parashat Vaéra

 

Vaincre la sorcellerie

 

Torah : Shémot/Exode 6:2 à 9:35

              1er montée (rishôn) : (Shé/Ex. 6:2-13)

             2ième montée (shéni) : (Shé/Ex. 6:14-28)

             3ième montée (shlishi) : (Shé/Ex. 6:29-7:7)

             4ième montée (révi'i) : (Shé/Ex. 7:8-8:6)

             5ième montée (hamishi) : (Shé/Ex. 8:7-18)

             6ième montée (shishi) : (Shé/Ex. 8:19-9:16)

             7ième montée (shevi'i) : (Shé/Ex. 9:17-35)

             Maftir : (Shé/Ex. 9:33-35)

Haftarah : Yéhézqèl/ Ézéchiel 28:25 à 29:21

Torat Yeshou'a : Révélation de Yohanân, chapitres 8 et 9

Après avoir retracé la généalogie de Moshé et son frère Aharôn, la Torah commence le récit des plaies d’Égypte : le fleuve changé en sang avec les poissons qui périssent, les grenouilles qui envahissent le pays, la poussière changée en poux, l'apparition des mouches venimeuses, la peste entraînant une grande mortalité parmi le bétail égyptien, les ulcères, et la chute de grêle et de feu. A partir de la troisième plaie, les magiciens Janès et Jambrès n'arrivent plus à reproduire ces prodiges à l'aide de leur sorcellerie. Reconnaissant le Doigt du Créateur à l’œuvre, Pharaon, pour sa part, ne cesse de s'endurcir fasse à ces épreuves.

 

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"Je me suis fait voir à Avrahâm, à Yitshaq et à Ya'aqov, en É.l Sh.adaï. Mais sous mon nom, HaShem, je ne me suis pas fait connaître d’eux" (Shémot/Exode 6:3)

"Le Texte ne porte pas : « Je n’ai pas fait connaître » (lo hoda’ti), mais : « Je ne me suis pas fait connaître » (lo noda’ti). Je n’ai pas été connu d’eux dans Mon attribut de vérité, qui fait que Je m’appelle HaShem, digne de confiance pour tenir parole. Car Je leur ai fait des promesses, mais Je ne les ai pas encore exécutées" (Rachi)

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"HaShem dit à Moshé : « Vois ! Je t’ai donné pour élohim à Pharaon. Aharôn, ton frère, sera ton inspiré." (Shémot/Exode 6:3)

"Un juge qui châtie. Pour le châtier par des plaies et des souffrances" (Rachi). De là nous apprenons que tout homme puissant, ayant autorité, est appelé "élohim".

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"Aharôn tendit sa main sur les eaux d'Egypte, et monta le crapaud : il couvrit la terre d'Egypte" (Shémot/Exode 8:2)

"Il y avait eu une seule grenouille. Ils l’avaient frappée et elle s’était alors transformée en une abondante multitude. Voilà pour le midrash (voir Sanhédrîn 67b). Quant au sens littéral, il exprime l’idée d’un singulier collectif venant désigner une multitude de grenouilles, comme dans : kinam [« la vermine », au singulier (verset 14)], à savoir un fourmillement d’insectes. En français médiéval : « pedulier » (« une multitude de poux »). De même ici : « la grenouille », en français médiéval : « grenouillerie »" (Rachi)

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« Vois, HaShem t'a mis comme élohim sur Pharaon » (Shémot/Exode 7:1)

 

« Comment Moshé pouvait-il voir à ce moment-là qu'HaShem l'avait mis comme élohim sur Pharaon, alors que les plaies n'avaient pas encore commencé ?

Et quel est le sens de l'expression « élohim de Pharaon » ? Moshé avait fait valoir qu'il ne serait pas un bon porte-parole parce qu'il avait un problème d'élocution, s'étant brûlé les lèvres dans son enfance. HaShem lui répondit : au contraire ! Vois dans ton infirmité le signe que tu es Mon messager idéal ! En effet, si tu étais un beau parleur, on aurait pu penser que Pharaon avait été finalement convaincu par ton éloquence. Maintenant que tu bégaies, il sera clair pour tout le monde qu'il n'a cédé que par crainte d'HaShem ! » ('Od Yossef H)

 

Shaoul dira la même chose : « « Ma bonté te suffit, car Ma puissance s'accomplit dans la faiblesse ». Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance du Messie repose sur moi ».

 

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« Toi, tu diras tout ce que Je t'ordonnerai, et Aharôn, ton frère, parlera à Pharaon, pour qu'il laisse aller les enfants d'Israël hors de son pays. Et Moi, J'endurcirai le cœur de Pharaon, et je multiplierai Mes signes et Mes miracles dans le pays d’Égypte » (Shémot/Exode 7:2-3)

 

Une première lecture de passage pose une difficulté : E.lohim dit qu'Il va endurcir le cœur du roi d’Égypte suite aux premières plaies. Mais alors, qu'en est-il du libre-arbitre ? Comment peut-on en vouloir à Pharaon si il n'est plus maître de ses décisions ?

 

En vérité, c'est l'absolu contraire qui est vrai : passées les premières plaies sur le pays (l'eau changée en sang, les grenouilles, etc) Pharaon aurait dû, par peur, relâcher les enfants d'Israël en les laissant partir. Cependant, là son libre-arbitre aurait été « court-circuité » car devant le Maître du monde et Ses jugements, qui peut tenir ? Pour empêcher cela donc, le Saint Béni Soit-Il a endurci, renforcé son cœur afin de lui laisser la même force de choix : d'un côté les plaies se renforcent en intensité, d'un autre le roi est endurci, pour maintenir son libre-arbitre !

 

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« Va vers Pharaon dès le matin, il sortira pour aller près de l'eau » (Shémot/exode 7:15)

 

Pourquoi préciser le moment pour aller le voir ? Car Pharaon se faisait passer pour un dieu, or un dieu n'a pas de besoins à satisfaire ! Il se retenait donc toute la journée, et chaque matin, allait rapidement faire ses besoins au bord de l'eau à l'abri des regards. Y'a-t-il un meilleur moment pour surprendre le « dieu » que d'arriver en « pleine action » pour le discréditer ? !

 

Toujours à propos de cette plaie : « Pour comprendre pourquoi la première plaie a frappé l'eau, on peut noter que le mot מצרים Mitsraïm/Égypte est l'anagramme de מים Mayim/eau et de צר Tsar/l'ennemi. L'eau était l'élément positif qui conférait à l’Égypte toute sa force, voilà pourquoi Moshé devait l'annihiler en premier » ('Od Yossef H). En effet, le Nil était la « mère nourricière » du pays, considéré comme un « dieu » également.

 

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« Aharôn leva la verge et frappa les eaux » (Shémot/Exode 7:20)

 

Pourquoi est-ce Aharôn qui frappa les eaux et non pas Moshé lui-même ? Car ce-dernier était reconnaissant envers le fleuve qui l'avait sauvé étant bébé, en transportant sa caisse de jonc jusqu’au palais royal. De là nous apprenons que la reconnaissance doit même aller jusqu'aux éléments les plus inertes ! (Bien évidemment, pour atteindre ce niveau, il faut déjà savoir être reconnaissant envers les êtres humains, dont les plus proches de nous!). De la même manière, Moshé n'a pas frappé le sol pour la plaie de la vermine car ce-dernier lui avait « permis » d'enterrer le cadavre de l'égyptien qu'il avait tué plusieurs décennies auparavant !

 

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« Et les magiciens en firent autant par leurs enchantements » (Shémot/Exode 8:7)

 

Nous voyons que Janès et Jambrès, les magiciens à la cour du roi, ont été capables de reproduire les plaies de l'eau changée en sang et de la grenouille. Cependant, ils n'ont pas été capables de reproduire celle des poux, et ils diront à ce moment-là : « C'est le doigt d'E.lohim ! ». Le Midrash Rabbah rapporte qu'ils ont dit : « Cette plaie n’est pas l’œuvre de la sorcellerie, mais elle vient de HaShem ».

 

Pourquoi n'ont-ils plus réussi à imiter Moshé lors de la troisième plaie ? Rachi nous apporte la réponse : car le démon est sans pouvoir sur une créature d’une taille inférieure à celle d’un grain d’orge (Rachi, Sanhédrîn 67b). En effet, le satân peut singer HaShem, mais que dans une certaine limite ! Ainsi, la magie n'opère pas sur ce qui est d'une taille inférieure à un grain d'orge, et un sort cesse sur une personne du moment que cette-dernière traverse un point d'eau (un lac, une mer, par avion, bateau ou nage) car il est connu que l'eau fait cesser toute magie. De même, lever un sorcier de terre le rend impuissant (en le portant par exemple ou en le soulevant de terre).

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Au chapitre 6, le Ba'al Hatourim nous apprend que les quatre expressions de délivrance employées par la Torah : "Je vous sortirai", "Je vous délivrerai", "Je vous libérerai" et "Je vous prendrai" sont une allusion aux quatre exils qu'Israël allait traverser durant son histoire : Bavèl, Mèdes et Perses, Grèce et Rome. La dernière expression, "Je vous prendrai", signifie "prendre avec force", car ce dernier exil serait le plus dur de tous. Nous retrouvons également cela dans Torat Yeshou'a : "Oui, comme aux jours de Noah, tel sera l'avènement du bèn Adâm. Car, comme ils étaient en ces jours, avant le déluge, à manger, à boire, à épouser et à être épousées, jusqu'au jour où Noah entra dans l'arche, et ne sachant rien, jusqu'à la venue du déluge qui les enleva tous. Ainsi en sera-t-il à l'avènement du bèn Adâm. Alors, ils seront deux au champ, l'un sera pris et l'autre laissé, elles seront deux à moudre au moulin, l'une sera prise et l'autre laissée" (Matityahou/Mathieu 24:37-41). La délivrance finale de l'exil d'Edom sera rapide et violente.

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Sur le bâton de Moshé était gravé le Nom Divin de quatre lettres, mais également un autre Nom Divin kabbalistique : "Datsakh Adach Béa’hav", dont les lettres forment les initiales des dix plaies d’Égypte (Shémot Rabbah). Or, nos Maîtres nous apprennent que ce bâton venait d'Adâm harishôn, qui l'a ensuite transmis à sa descendance, jusqu'à ce qu'il termine dans la main de Moshé. Mais alors, une question se pose : comment se fait-il que dès le début de l'histoire de l'homme, ces plaies soient "présentes" et gravées ? En réalité, HaShem donne le remède avant la maladie, selon un enseignement bien connu de la Guémara. Le Saint Béni Soit-Il a vu que dans l'avenir Pharaon et son peuple chercheraient à aller à Son encontre en voulant "déraciner" les dix Paroles de la Création (dans la Torah il est écrit neuf fois "Et E.lohim dit", la dixième Parole étant "Béréshit/Dans un commencement"), en se prenant pour "dieu". Par les dix plaies, le Créateur "rétablit" ce que cet impie a voulu ôter du monde, la émounah, la foi dans le Seul vrai E.lohim.

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Le Zohar rapporte qu'Aharôn est comme le bras droit de Moshé. Ce-dernier est le législateur, tandis que son frère représente la sainteté. Cette dualité se retrouve tout au long de l'histoire d'Israël : il y avait les Rois, entourés des prophètes qui leur donnaient des directives afin de guider au mieux le peuple. Dans le côté du mal également nous retrouvons ce schéma avec la bête (Edom) et le faux prophète (le christianisme), où durant la plus grande partie de l'exil, nous voyons ces deux entités plus ou moins liés afin de diriger ceux qui se trouvent sous leur autorité. Le secret de l'équilibre et de la réussite du pouvoir en ce monde, c'est l'union parfaite entre le matériel et le spirituel, entre le ciel et la terre.

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I] Il est possible et même souhaitable de "parlementer" avec HaShem, Lui dire qu'on ne comprend pas Sa conduite, Ses plans, que nous sommes attristés, abattus, que l'on souhaite des changements dans notre vie, etc. Mais tout cela avec respect et crainte.

II] Parfois la route pour sortir d'une épreuve est longue car HaShem envoie "Ses plaies" sur nos ennemis, et cela peut prendre du temps. Il faut donc toujours se renforcer dans la émounah, la patience, et croire qu'Il agit.