ויצא

Parashat Vayétsé

 

Un Couple Éternel

 

Torah : Béréshit/Genèse 28:10 à 32:3

Haftarah : Hoshé'a/Osée 12:13 à 14:10

 

En chemin vers Harân, Ya'aqov fait une rencontre décisive avec l'E.lohé de son père, au travers une vision prophétique. Arrivé chez son oncle Lavân, il épouse Léah à la suite d'un coup monté par son père, puis Rahèl, ainsi que leurs servantes respectives, qui à elles quatre, lui enfante douze fils et une fille. Le petit-fils d'Avraham, à la suite de multiples vols réalisés à son encontre, prend lui-même son salaire en petit bétail et repart avec sa famille en Terre d'Israël. Mais Lavân le rattrape en chemin, à cause de Rahèl qui a volé ses téraphim ("dieux").

*

Il est écrit la chose suivante :

 

« Ya'aqov se mit en marche […] et voici il y avait un puits dans les champs […] Ya'aqov vit Rahèl […] Ya'aqov aimait Rahèl » (Béréshit/Genèse 29)

 

Yitshaq/Isaac et Rivqah/Rebecca envoient leur fils à Padénah arâm, chez Lavân, pour y trouver son épouse et y résider, le temps que la colère de son frère 'Essav/Esaü se calme suite à l'histoire des bénédictions que Ya'aqov/Jacob lui a pris. Arrivé dans le pays, nous voyons que le patriarche rencontre sa future épouse, Rahèl, à côté d'un puits.

Après une courte discussion, Ya'aqov va voir Lavân et lui annonce assez rapidement (environ un mois plus tard) son désir de se marier avec sa fille cadette.

 

Il est intéressant de remarquer la chose suivante : Rivqah fut découverte par le serviteur d'Avraham près d'un puits ; de même Ya'aqov et Rahèl ; Moshé rabbénou/Moïse rencontra Tsippora également près d'un puits. Pour finir, le plus grand Roi d'Israël, David, rencontra Bath-Schév'a près d'une source d'eau vive :

 

« Il aperçut de là une femme qui se baignait et qui était très belle de figure » (Deuxième Livre de Sh'mouel/Samuel 11:2)

La précision « se baignait » renvoie au fait qu'elle se purifiait dans les eaux d'un מִקְוָה mikvéh (réservoir d'eau où se plonge complètement la femme pour se purifier de ses menstruations. Dans ce verset en hébreu, « se baignait » se dit רחצת rohétsèt, or la racine de ce mot, rahats, possède la même valeur numérique que le mot mikvéh, quand on écrit entièrement le nom de ses lettres, soit 298).

 

Juste pour la petite histoire, nos Maîtres affirment que Bath-Schév'a était destinée à David depuis les six jours de la Création, c'est-à-dire qu'il s'agissait de sa véritable âme-sœur. Sa faute aura été de précipiter les choses, au lieu d'attendre qu'HaShem fasse mourir Lui-même Ouriyah, son mari.

 

La question qui se pose est : pourquoi ces couples emblématiques se sont rencontrés autour d'un puits, d'une réserve d'eau ? Quel est le lien ?

 

L'eau symbolise la Torah, comme il est dit :

 

« Que mon enseignement s'épande comme la pluie » (Dévarim/Deutéronome 32:2)

« La Torah que j’ai donnée à Israël, elle est la vie donnée au monde, tout comme la pluie est la vie donnée au monde quand le ciel distille de la rosée et de la pluie » (Rachi)

 

« Vous tous qui avez soif, venez aux eaux, Même celui qui n'a pas d'argent » (Yésha'yahou/Isaïe 55:1)

 

La Torah nous donne ici un signe infaillible pour savoir qui est sa véritable âme-sœur : le conjoint véritable c'est celui qui te donne des forces pour te dépasser et aller toujours plus loin dans la Torah et avec HaShem ! C'est celui qui fait monter en toi les eaux vivantes de la Parole Divine, qui consciemment ou non te pousse à te sortir de tes limites. Bien entendu, un certain travail est obligatoire afin de parvenir à exploiter tout son potentiel, mais l'âme-sœur véritable donne la seule et bonne impulsion qu'il te faut.

 

Une allusion à cela se trouve d'ailleurs dans notre récit. Au moment où Rahèl vient pour faire boire ses brebis, il est dit que Ya'aqov :

 

« s'approcha, roula la pierre de dessus l'ouverture du puits, et abreuva le troupeau » (29:10)

 

Que Rachi commente ainsi :

 

« Comme quelqu’un qui retire le bouchon de l’ouverture d’une bouteille, cela pour te faire savoir que sa force était grande (Beréshit rabbah 70, 12) »

 

Décodé, ce passage nous apprend que Ya'aqov trouva en Rahèl, son épouse véritable, la force de grandir en Torah de façon miraculeuse ! Ce qui fera dire à nos Maîtres la chose suivante :

 

« Quiconque demeure sans femme est privé de joie, de bénédiction, de bonté. Il est sans protection, sans Torah, sans paix » (vamot 62b)

 

Fait notable : Ya'aqov n'a rencontré que Rahèl près du puits (il n'y avait ni Léah ni les deux servantes qui deviendront aussi ses femmes par la suite). Or, dans la Torah, seule Rahèl est appelée « ishto », « son épouse ». Aucune des trois autres ne possèdent ce qualificatif !

 

Cet enseignement se retrouve également dans la B'rit hadasha (l'Alliance Renouvelée) dans un passage bien connu :

 

« Là se trouve la source de Ya'aqov […] Yéshou'a s’assoit à la source […] vient une femme […] Il lui dit : « va, appelle ton mari ! » La femme répond et dit : « je n'ai pas de mari » » (Yohanân/Jean 4)

 

Durant cette conversation, le Messie enseignera à la femme qu'il donne l'eau de la vie (la réalité de la Torah) gratuitement à tous les assoiffés. Bien sûr, le pshat de ce texte, c'est-à-dire le sens littéral, signifie qu'il est le Shiloh, le conducteur des peuples et le Roi d'Israël, venu apporter la connaissance Divine au monde, car, lui aussi, « roula la pierre de dessus l'ouverture du puits, et abreuva le troupeau », comme il est dit : « Notre cœur ne brûlait-il pas au dedans de nous, lorsqu'il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures ? » (Luc 24:32).

 

Mais par allusion, nous pouvons retrouver les enseignements tirés de la parasha que nous venons d'étudier : cette femme n'a pas de mari, elle n'a pas son âme-sœur. Par conséquent, elle continue d'être assoiffée, de revenir constamment à la source pour se désaltérer.

 

Cependant, le Rabbi lui dit que si elle met sa émounah, sa foi en lui, alors ce problème disparaîtra. Ici la chose peut se comprendre également à deux niveaux : premier niveau, le Messie peut dispenser les forces à une personne qui ne possède pas, pour différentes raisons, son âme-sœur véritable, et donc accomplir sa mission. Deuxième niveau : le Rabbi peut amener ce conjoint prédestiné si cette foi, cette confiance, s'ancre véritablement en lui.

 

* * *

 

Lavân croit que Ya'aqov lui a volé ses statuettes de « dieux » et l'accuse. Ce-dernier, exaspéré de se défendre, répliquera :

 

« Périsse celui auprès duquel tu trouveras tes dieux ! » (Béréshit/Genèse 31:32)

 

Nous devons faire très attention à ce qui sort de notre bouche, car les paroles sont créatrices. Il est en effet précisé que cette malédiction se réalisera peu de temps après :

 

« Rahèl mourut » (36:19)

 

HaShem agit avec nous mesure pour mesure, et œuvre selon nos paroles :

 

« Aussi vrai que Je Suis Vivant, dit HaShem ! Selon les propres paroles que J'ai entendues de vous, ainsi vous ferai-Je » (Bamidbar/Nombres 14:28)

 

Cela va si loin qu'il est rapporté que si un homme demande à un autre : « comment vas-tu » et que ce-dernier lui répond « ça pourrait aller mieux », du Ciel on lui réplique : « tu prétends que ça va mal ? On va te faire voir ce que « mal » veut dire ! ». Mais l'inverse est, heureusement, vrai aussi ! Si la réponse est plus du type : « D. merci, tout va bien », montrant sa confiance et sa foi dans le Père, alors du Ciel on lui dit : « si c'est cela que tu appelles « tout va bien », alors on va te faire voir ce que « bien » veut dire réellement ! » (Nétiv Tsadik 46)

 

« Qui est l'homme qui souhaite la vie, qui aime les jours pour voir ce qui est bien (vivre le bonheur) ? Garde ta langue du mal » (Téhilim/Psaume 34:13)