יתרו

Parashat Yitro

 

La Route de la Vie

 

Torah : Shémot/Exode 18:1 à 20:23

             1er montée (rishôn) : (Shé/Ex. 18:1-12)

             2ième montée (shéni) : (Shé/Ex. 18:13-23)

             3ième montée (shlishi) : (Shé/Ex. 18:24-27)

             4ième montée (révi'i) : (Shé/Ex. 19:1-6)

             5ième montée (hamishi) : (Shé/Ex. 19:7-19)

             6ième montée (shishi) : (Shé/Ex. 19:20-20:14)

             7ième montée (shevi'i) : (Shé/Ex. 20:15-23)

             Maftir : (Shé/Ex. 20:21-23)

Haftarah : Yésha'yahou/Isaïe 6:1 à 7:6 et 9:5-6

Torat Yeshou'a : Matityahou/Mathieu chapitre 5.

 

Dans cette section les Dix Paroles sont données par HaShem au Mont Sinaï, à tout le peuple d'Israël, par l'intermédiaire de Moshé. Mais auparavant, le peuple doit se préparer à recevoir ce cadeau du ciel, et Moshé, pour sa part, reçoit la visite de son beau-père Yitro, qui lui demande de se décharger de certaines de ses responsabilités sur des Anciens du Peuple.

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"Yitro, le beau-père de Moshé, prit Tsipporah, la femme de Moshé, après qu'elle eu été renvoyée" (Shémot/Exode 18:2)

"Lorsque le Saint béni soit-Il a dit à Mochè en Midyan : « Va, retourne en Egypte » (supra 4, 19), Mochè emmena avec lui sa femme et ses fils. Aharon vint à sa rencontre, il le rencontra dans la montagne de ha-Eloqim et lui dit : « Qui sont ces gens ? » Mochè répondit : « C’est ma femme, que j’ai épousée en Midyan, et ce sont mes fils. » Il lui demanda : « Où les emmènes-tu ? » Il répondit : « En Egypte ! » Aharon dit alors : « Nous sommes déjà préoccupés par le sort des premiers, de ceux qui sont déjà ici, et toi tu voudrais ajouter encore ceux-là ! » Mochè a dit alors à sa femme : « Retourne chez ton père ! » Elle a pris ses deux fils et s’en est allée." (Rachi)

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"Il m'a sauvé de l'épée de Pharaon" (Shémot/Exode 18:4)

Nos Maîtres nous rapportent qu'à la suite du meurtre de l'égyptien, le futur libérateur d'Israël fut capturé et amené pour être décapité. Le Saint Béni Soit-Il fit alors un miracle : le cou de Moshé devint comme du marbre, et l'épée rebondit et tua son bourreau. Il prit alors la fuite, et une suite de miracles fut accomplie : certains devinrent aveugles et ne purent voir le fugitif, d'autres muet et ne purent avertir qu'il s'enfuyait, et d'autres sourds et ne purent entendre ceux qui avertissaient !

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"Ce fut le lendemain" (Shémot/Exode 18:13)

Il n'y a pas forcément d'ordre chronologique dans la Torah, comme le prouve Rachi sur ce verset : "C’était le lendemain de Yom Kippour, ainsi que nous l’apprenons dans le Sifri. Et que veut dire : « à partir du lendemain » ? Le lendemain de sa descente de la montagne. Et ce n’a pu être que le lendemain de Yom Kippour, car si cela avait eu lieu avant le don de la Tora, Mochè n’aurait pas pu dire : « Je fais connaître les statuts de ha-Eloqim et Ses Toroth » (verset 16). Et Mochè n’a jamais eu l’occasion, entre le don de la Tora et Yom Kippour, de pouvoir s’asseoir pour juger le peuple. C’est en effet le dix-sept tamouz qu’il est descendu et a brisé les tables (Ta‘anith 28b), et il est remonté tôt le lendemain pour rester quatre-vingts jours et redescendre le jour de Yom Kippour. Notre paragraphe ne figure donc pas à la place qu’aurait exigé l’ordre chronologique, et le « lendemain » dont il est question se situe dans la deuxième année. Il est écrit en effet ici : « Mochè reconduisit son beau-père… » (verset 27) et plus loin, à propos de l’ordre de marche des étendards : «Nous partons vers l’endroit… Ne nous quitte donc pas ! » (Bamidbar 10, 29 et 31). Or, si la visite avait eu lieu avant le don de la Tora, après que Mochè aurait reconduit Yithro [une première fois] et qu’il serait parti, où trouvons-nous qu’il est revenu ? Et si tu devais soutenir qu’il n’est pas question [dans Bamidbar] de Yithro, mais de ‘Hovav, et que ‘Hovav était le fils de Yithro, sache que Yithro et ‘Hovav sont une seule et même personne, comme il est écrit : « Parmi les fils de ‘Hovav, beau-père de Mochè » (Choftim 4, 11)."

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"Je vous ai portés sur les ailes des aigles" (Shémot/exode 19:4)

"Comme un aigle qui porte ses petits sur ses ailes. Car tous les autres oiseaux déplacent leur progéniture en la soulevant entre leurs pattes, de crainte d’un autre volatile pouvant voler au-dessus d’eux. L’aigle, en revanche, qu’aucun autre oiseau ne peut dominer, n’a peur que de l’homme et des flèches qu’il pourrait lui lancer. C’est pourquoi il installe ses petits sur ses ailes, en se disant : « Mieux vaut que ce soit moi que transperce la flèche plutôt que mes enfants ! » J’ai agi de la même manière : « l’ange de ha-Eloqim partit… » (14, 19), « [la colonne de nuée] vint entre le camp des Egyptiens et entre le camp d’Israël » (14, 20). Les Egyptiens lançaient des flèches et des projectiles de pierre, et c’est la nuée qui les recevait." (Rachi)

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"Tu ne voleras pas" (Shémot/Exode 20:13)

L'interdit vise ici celui qui vole, kidnappe un homme, et non de l'argent ou un objet, car les Dix Paroles parlent de choses pour lesquelles nous sommes punissables de mort (Rachi)

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La parasha Yitro est la section relatant matân Torah, le don de la Torah sur le Sinaï. Ce mode d'emploi de l'homme se compose de 613 mitsvot/commandements écrits, correspondants aux 248 membres de l'homme et à ses 365 nerfs (il existe d'autres explications complémentaires concernant les 248 mitsvot positives et 365 interdits de la Torah). La question que beaucoup de personnes se posent est la suivante :

 

Une telle Torah paraît étouffante ! Elle parle sur le comportement au quotidien, sur la nourriture, le travail, les traits de caractère, l'économie, la politique, etc. C'est un « joug » !

 

En vérité....c'est l'absolu contraire qui est vrai : la Torah rend l'homme libre ! Commençons par comprendre à l'aide d'une image : vous achetez une superbe voiture dernier cri, bourrée de technologies diverses et variées. Avec est livré un mode d'emploi. Mais bien entendu, vous êtes tellement impatient que ce dernier est vite jeté par dessus votre épaule, et donc, vitres baissées, vous voilà en train de filer à 180 (au moins!) sur une belle route. Seulement voilà, vous remarquez un petit bouton parmi tant d'autres sur votre droite, entre les deux sièges. La question : à quoi sert-il ? Bah ! Appuyons dessus et nous verrons bien, après tout, ça ne doit être si terrible ! C'est peut-être pour baisser les vitres arrières, allumer l'habitacle, ou encore activer une énième fonction du GPS intégré !

 

Et vous voilà en train d'appuyer dessus.....et la voiture de changer brusquement de direction, prendre la première à gauche contre votre gré, et partir toute seule vous ne savez où ! Eh oui, ce petit bouton bleue possède une fonction très simple : il conduit automatiquement la voiture vers la dernière destination enregistrée dans le GPS ! Seulement, la surprise ne fait que commencer : vous l'avez achetée neuve, et donc sortant de l'usine, personne ne l'a utilisé avant vous. Cependant, vous pouvoir tester ce GPS, le constructeur avait rentré une destination « au hasard », histoire de voir si tout fonctionnait bien. Cette destination se trouve à 456 km de là où vous voulez vous rendre....Et vous voilà en train d'angoisser dans une voiture roulant automatiquement en vous demandant comment l'arrêter. Maintenant donc, sur quelle bouton appuyer ??

 

Nous comprenons que cette image se réfère à l'homme. David Ha'Mélèkh nous rapporte dans les Téhilim/Psaumes, que nous sommes une merveilleuse créature ! Et cette créature possède un « mode d'emploi » : la Torah. D'un côté tu as la vie, d'un autre côté la mort. Choisis la vie ! Mais oh, attends ! Prends ce livre avec toi, car il t'indiquera comment cheminer de la manière la plus parfaite possible ! Lis-le, médite-le jour et nuit, et alors tu profiteras du voyage de la meilleure manière qui soit !

 

Et si dans ton chemin tu rencontres un petit « bouton bleu » qui s’appelle « mélange de lin et de laine », « fruits de mer, poissons sans écailles et nageoires » ou encore « Shabbat », tu sauras comment réagir.

 

Autre explication, tirée du Talmud, d'une beauté exquise :

 

« La Torah est comparée à un élixir de vie. Cela est comparable au cas d'un homme qui a frappé son fils et lui a fait une grande plaie, et il a ensuite placé une compresse sur sa blessure et lui a dit : « mon fils ! Aussi longtemps que cette compresse reste sur ta blessure, mange ce que tu désires, bois ce que tu désires, et baigne-toi indifféremment dans de l'eau chaude ou de l'eau froide, et tu n'as rien à craindre. Mais si tu retires cette compresse, ta blessure formera un furoncle ».

 

Ainsi le Saint Béni Soit-Il dit à Israël : « Mes fils ! J'ai créé le mauvais penchant [nécessaire au libre-arbitre] et Je lui ai créé la Torah comme épice. Si vous vous adonnez à la Torah, vous ne serez pas livrés entre ses mains, comme il est dit : « n'est-ce pas, si tu t'améliores, tu vaincras » (Béréshit/Genèse 4:7). Mais si vous ne vous adonnez pas à la Torah, vous serez livrés entre ses mains, comme il est dit : « la faute est tapie à ta porte » (Béréshit 4:7) » » (Kiddoushîn 30b)

 

Remarquons bien les termes employés : le yester harâ/mauvais penchant de l'homme, est appelé « râ », mal/mauvais, et la Torah est appelée « épice ». Quelle est le rôle d'une épice ? Elle transforme un ingrédient fade en nourriture consommable. De même, la Torah peut s'associer à la vie d'un homme pour lui permettre de s'impliquer dans ce monde sans risquer de fauter (Iyoun Yaakov).

 

Cela signifie que tous les plaisirs de la vie deviennent permis à condition qu'ils rentrent dans le cadre de la Parole Divine. Jouis de la nourriture et de la boisson mais prends ce qui est pur, et remercie HaShem pour la nourriture. Jouis de la relation intime mais avec ton épouse, hors période du flux, dans le cadre du mariage. Fais des festins avec ta famille, mais parle également Torah dans ce rassemblement. Etc, etc.

 

« Tous les plaisirs qu'une personne dépravée peut obtenir par de grands efforts dans des domaines interdits, sont donnés aux individus sains, menant une vie saine et sobre, d'une manière permise, et sans aucun effort de leur part » (Gaôn de Vilna, Evèn Cheléma 2, 10)

 

Cette dernière histoire nous montre combien la Torah peut changer le destin d'un homme qui s'y connecte :

 

« Une fois un homme, qui était très scrupuleux sur la mitsvah/commandement de Tsitsit/franges, entendit parler d'une certaine prostituée dans l'une des villes côtières, qui demandait quatre cents dinars pour se donner. Il lui envoya les quatre cents dinars et convenu d'un jour avec elle.

Quand ce jour arriva, il vint et l'attendit à la porte, et sa domestique vint et lui dit : « l'homme, qui vous a envoyé quatre cents dinars, est ici et attend à la porte ». Elle lui répondit : « Qu'il entre ! ». Quand il arriva, elle prépara pour lui sept lits, six d'argent et un d'or ; entre les lits, il y avait des marches d'argent, et la dernière était d'or. Elle alla jusqu'au lit du haut et se coucha dessus, nue. Il alla alors après elle, dans son désir de débauche, quand tout d'un coup, les quatre Tsitsit de son vêtement le frappèrent au visage ! Suite à cela il se retira et s’assit sur le sol.

Elle le rejoignit et, s'étant assise sur le sol, lui dit : « Par le Capitole de Rome, je ne te laisserai pas partir jusqu'à ce que tu me dises le défaut que tu as vu en moi".« Par le Temple, répondit-il, jamais je n'ai vu de femme aussi belle que toi; mais il y a un précepte qu'HaShem notre Elokim nous a donné, appelé Tsitsit, et le concernant il est écrit deux fois « Je suis le Seigneur ton Dieu », ce qui signifie : « Je suis Celui qui donnera la punition et la récompense dans le futur ». Or, mes Tsitsit m'apparurent comme quatre témoins ».

Elle lui dit, « Je ne te laisserai pas tant que tu ne m'auras pas dit ton nom, le nom de ta ville, le nom de ton Maître ainsi que le nom de l'école dans laquelle tu étudies la Torah ». Il lui écrivit tout cela sur une note et lui donna.  Alors, elle se leva et partagea sa fortune en trois parties; un tiers pour le gouvernement, un tiers à distribuer parmi les pauvres, et un tiers qu'elle prit avec elle dans sa main; elle garda cependant les draps du lit. Elle vint au Beth Hamidrash, la maison d'étude, de Rabbi Hiya, et lui dit: « Rabbi, dis-moi ce que je dois faire afin de me convertir ». « Ma fille, répondit-il « As-tu jeté ton dévolu sur un de mes élèves ? » Elle prit alors la note et la lui tendit. « Va », dit-il « et réjouis-toi de ton acquisition». Ces mêmes draps qu'elle avait préparés pour lui à des fins de débauche servirent de manière permise pour leur nuit de noces. Ceci est la récompense de cette mitsvah dans ce monde 
» (Ménahot 44a).

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Le Ba'al Hatourim rapporte que la valeur numérique du mot "le nuage" (Shémot/Exode 20:18) est égale à 385, qui est également la guématria de "Shékhinah", la Présence Divine.

Si nous ajoutons +1 (le kollel en hébreu) au mot, cela nous donne donc 386, qui est la valeur numérique de "Yeshou'a" en hébreu. La Lettre envoyée aux Hébreux nous rapporte que Yeshou'a "est la splendeur de la shékhinah, le caractère de Sa substance" (1:3). Le Tsadik, et donc le Roi Messie bien entendu, atteint un tel niveau spirituel qu'il devient le char de la Présence Divine au sein de la création. Toute l'abondance du monde passe par lui, ainsi que la connexion au Divin. Ce qui fera dire à Rabbi Nah'mân de Breslev qu'un homme qui pratiquerait toute la Torah sans être attaché au Tsadik authentique n'aurait qu'un service de piètre valeur. Et ce qui fera dire à Rabbi Natân son talmid, tout comme à Shaoul le talmid de Rabbi Yeshou'a, qu'ils ont "oublié" toute leur Torah pour s'attacher exclusivement à celle de leur Maître.

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"Le six du mois de Sivân, le Saint Béni Soit-Il se dévoila à Israël au mont Sinaï. Ce-dernier fut déraciné de sa place et le sommet de la montagne entra dans les cieux ; les nuages recouvrirent la montagne, le Saint Béni Soit-Il était assis sur Son Trône et Ses pieds se tenaient sur les nuages, selon les mots : "Il inclina les cieux et descendit, un épais nuage sous Ses pieds". Rabbi Tarfôn dit : le Saint Béni Soit-Il rayonna depuis le mont Séïr, ainsi qu'il est dit : "Il dit : HaShem est venu du Sinaï et de Séïr, Il a rayonné pour eux" (Devarim 33:2). Et de là, Il se révéla ensuite à Ishmaël, ce qu'exprime : "Il apparut depuis le mont Parân" (Devarim 33:2). Et de là, Il envoya dire aux autres Nations : allez-vous recevoir la Torah ? Ils lui dirent : Nous ne voulons pas délaisser la religion de nos pères, nous ne désirons pas la Torah ! Donne Ta Torah à Ton peuple, ainsi qu'il est dit : "HaShem donnera puissance à jamais, HaShem bénira Son peuple en paix" (Téhilim 29:11). Et de là, Il s'est révélé aux bnéi Israël, comme il est dit : Il est arrivé au milieu des saintes myriades" (Devarim 33:2)." (Pirqé deRabbi Eli'ezer, chap.41)

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Le Zohar nous rapporte que Moshé possédait une partie d'âme d'Hévèl tandis que son beau-père Yitro possédait une parcelle d'âme de Qayîn. Le principe du guilgoul ("réincarnation" d'une âme ou d'une partie d'âme) fait partie des grandes révélations des secrets de la Torah, et apporte un éclairage totalement sur l'histoire Biblique, permettant de comprendre diverses situations. Les âmes reviennent et réparent ce qu'elles ont abîmé précédemment. Nous avons d'ailleurs un exemple d'une telle croyance dans Torat Yeshou'a. Au sujet de l'aveugle-né, les talmidim demandent à Rabbénou Yeshou'a : "qui a fauté pour qu'il soit né aveugle, lui ou ses parents ?". Or, un fœtus ne pèche pas, donc si ces Juifs demandent si il n'a pas péché, ils font donc référence à sa vie antérieure. Le Rabbi d'ailleurs ne dira pas qu'il s'agit de quelque chose de faux, mais précisera simplement que pour son cas à lui, cela ne vient ni de sa faute, ni de ses parents, mais que cette maladie est venue pour montrer la puissance du Saint Béni Soit-Il, qui agit au travers du Tsadik.

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I] Un homme doit apprendre à déléguer les responsabilités et à faire confiance à ses associés, cela dans le domaine spirituel comme matériel. Nul ne peut porter de charge trop lourde, sinon il finira écrasé.

II] Les Dix Paroles forment le cœur de la Torah. Il faut les travailler sans cesse et y revenir, en gardant notre cœur de s'y éloigner.

III] La Torah a été donnée par Moshé notre Maître, et son intériorité dévoilée par Rabbi Yeshou'a. En s'attachant au Messie, au Tsadik, tout en pratiquant les mitsvot, l'homme se trouve sur le véritable chemin de la vie. Ces deux dimensions sont indissociables.