YéSHa'yaHou

53

Mais de qui parle donc ce mystérieux passage ?

Le passage de Yesha'yahou (Isaïe) chapitre 53, dans le Tanakh, a fait couler beaucoup d'encre. Fait-il référence au Mashiah, le Messie souffrant pour les fautes de l'humanité ou bien au 'Am Israël, comme l'explique, entre autre, le célèbre commentateur Rachi ? Dans un premier temps, nous allons d'abord nous pencher sur les différentes interprétations selon nos Maîtres, puis dans un second temps, nous expliquerons pourquoi les talmidim de Rabbi Yeshou'a appliquent ce passage à leur Maître.

 

Tout d'abord, voici le Texte en question :

 

Qui adhérera à notre rumeur ? Le bras d'HaShem, pour qui s'est-Il découvert ?

 

Il monte comme un surgeon en faces de Lui, comme une racine en terre aride. Il n'a ni forme ni splendeur. Nous le voyons, il n'a pas d'apparence pour que nous le convoitions ! Méprisé, refusé par les hommes, homme de douleurs, pénétré de maladie, comme voilant les faces loin de nous, méprisé, nous n'en tenions pas compte. Ainsi, il portait nos maux, supportait nos douleurs, et nous le comptions pour touché, frappé par E.lohim, violenté.

 

Lui, transpercé par nos carences, déprimé par nos torts, il a sur lui la discipline de notre paix. Mais en sa blessure nous sommes guéris. Nous tous, nous vaquions comme des ovins, chaque homme sur sa route, nous allions en faces. HaShem l'a heurté de notre tort à tous.

 

Tyrannisé, il a accepté, il n'ouvre pas la bouche, comme un agneau transporté à l'abattoir, comme une brebis muette, faces à ses tondeurs, il n'ouvre pas la bouche. Du huit clos, du jugement pris, son âge, qui le narrera ? Oui, il a été coupé de la terre des vivants, de la faute de mon peuple, il est heurté pour eux.

 

Avec les réshaïm, son sépulcre a été donné, avec le riche ses tertres, pour non-violence faite, pour non-duperie sur sa bouche. HaShem désire l'accabler, l'endolorir, si son être se met en coulpe, il voit une semence, il prolonge les jours. Le désir d'HaShem par sa main triomphe.

 

Du labeur de son être il verra et se rassasiera. Dans sa pénétration, le Tsadik, Mon serviteur, justifiera plusieurs ; lui, il supportera leurs torts. Aussi, Je lui donne part parmi plusieurs ; il répartit le butin avec les puissants, pour avoir dénudé son être à mort, compté parmi ceux qui font carence. Il porte la faute de plusieurs, et pour ceux qui font carence il s'interpose.

 

Le point de vu des commentateurs d'Israël

 

Comme nous l'avons dit en introduction, Rachi rapporte qu'il est fait référence ici au peuple d'Israël, maltraité par les Nations et rejeté à chaque génération. Voici des citations de son commentaire :

 

53:2 : Il monte comme un surgeon en faces de Lui

Rachi : « Ce peuple, avant d'avoir atteint cette grandeur, était extrêmement méprisable, et il a grandi de lui-même, à l'instar d'une petite branche parmi les rameaux d'arbres »

 

53:3 : Méprisé, refusé par les hommes

Rachi : « Il est habituel, chez ce prophète, de parler de tout Israël comme d'un seul homme, par exemple : « Sois sans crainte Mon serviteur Ya'aqov » » (Yésha'yahou/Isaïe 44:2), etc.

 

53:4 : Ainsi, il portait nos maux

Rachi : « Le mot akhén (en hébreu) signifie systématiquement « mais ». Or, nous voyons maintenant que si le malheur s'est abattu sur lui, ce n'est pas parce qu'il était méprisable. Mais il a été atteint par les souffrances afin que toutes les nations obtiennent leur pardon par les épreuves d'Israël. Il a enduré les maux que nous méritions de subir ».

 

53:8 : Du huit clos, du jugement pris

Rachi : « Le prophète annonce ce que les Nations diront, dans les Temps Futurs, lorsqu'elles verront Israël libéré de la réclusion à laquelle il était livré entre leurs mains, et du jugement sous l'effet duquel il aura enduré jusqu'alors ces souffrances ».

 

Le "serviteur" décrit ici le peuple d'Israël dans son globalité. En d'autres endroits dans le Livre de ce Navi, ce Prophète, nous pouvons voir que les enfants de Ya'aqov sont désignés comme tel, par exemple :

"Ne frémis pas, Mon serviteur Ya'aqov, Yeshouroun que J'ai choisi !" (Yesha'yahou 44:2)

"Mémorise ceci Ya'aqov, et Israël, oui, tu es Mon serviteur. Je t'ai formé, tu es pour Moi le serviteur. Israël, ne m'omets pas !" (Yesha'yahou 44:21)

Cependant, le terme "serviteur" désigne également une personne en particulier, au service du Saint Béni Soit-Il, comme nous le trouvons écrit en plusieurs endroits :

"J'ai trouvé David, Mon serviteur, Je l'ai messié à Mon huile sacrée" (Téhilim/Psaume 89:21)

"Mon serviteur David sera leur Roi, un pâtre sera pour eux tous" (hézqèl/Ézéchiel 37:24)

"Comme Mon serviteur Yesha'yahou est allé nu et déchaux" (Yesha'yahou/Isaïe 20:3)

"Mais maintenant, dit HaShem, qui dès le ventre m'a formé pour être Son serviteur, pour faire retourner vers Lui Ya'aqov, pour qu'Israël soit rassemblé pour Lui" (Yesha'yahou/Isaïe 49:5)

Il existe ainsi d'autres commentaires, reliant ces paroles prophétiques au Roi Messie. Par exemple, le Targoum Yonatân (traduction araméenne de la Torah et des Prophètes, incorporant des éléments de la Tradition orale), qui commence à expliquer dès la fin du chapitre 52 :

"Voici Mon serviteur sera perspicace, il se transcende, il s'exalte, il se hausse fort. Quand plusieurs contre toi t'avaient désolé, ainsi son apparence d'homme a été détruite, sa tournure de bèn Adâm. Ainsi, il fait tressaillir des Nations multiples, les rois bouclent leurs bouches devant lui. Oui, ce qui ne leur avait pas été raconté, ils le voient ; ce qu'ils n'avaient pas entendu, ils le discutent" (52:13-15)

Targoum Yonatân : 52:13 Voici, mon serviteur, le Messie, doit prospérer ; Il sera élevé, et augmentera, et sera fort !

 

Un peu plus loin, le Maître écrit :

Targoum Yonatân : 53:10 Mais il est plaisant à l'Adôn pour essayer de purifier le reste de Son peuple, afin de purifier leur âme du péché ; ceux-ci regarderont le royaume de leur Messie, leurs fils et leurs filles sont multipliés, ils prolongera leurs jours, et celui qui fait la loi de l'Adôn prospérera dans son bon plaisir.

La Guémara dans le Traité Sanhédrîn applique également un verset de Yesha'yahou au fils de David :

"Et les Sages disent : Metsora de la maison de Rabbi est son nom, comme il est dit : 'En effet, ce sont nos maladies dont il était chargé, nos souffrances qu'il portait, alors que nous le considérions atteint, accablé par E.lohim et humilié'" (98b)

De même pour le Midrash :

« « Et trempes ton morceau dans le vinaigre » : se réfère à ses souffrances [au Messie], ainsi qu'il est écrit : « Mais c'est à cause de nos transgressions qu'il fut blessé » (Yésha'yahou 53:5). "Et elle s'assit à côté des moissonneurs" : car il sera destitué de sa souveraineté pour un temps » (Routh Rabbah 5,6)

Le Zohar appuie également cette interprétation :

« Il y a, dans le Gan 'Eden, un palais appelé le « palais des fils de la maladie ». Le Messie entre dans ce palais et rassemble chaque douleur et chaque châtiment d'Israël. Tout cela vient reposer sur lui. Et s'il ne les avait pas pris sur lui-même, aucun homme n'aurait été capable de porter les châtiments d'Israël pour la transgression de la Torah, car il est écrit : « Certainement ce sont nos maladies qu'il a portées (Yésha'yahou/Isaïe 53:4) » (Zohar II, 212a)

Nous pouvons donc déjà conclure que ce passage s'applique, selon beaucoup de commentateurs, au Roi Messie, ainsi qu'à Israël, selon une autre lecture.

Sens littéral ou homilétique ?

La question maintenant est de savoir quel est le sens littéral et quel est le sens homilétique, midrashique. En effet, un principe Talmudique stipule que, malgré les nombreuses interprétations d'un Texte de la Torah, aucune ne peut néanmoins éclipser le sens premier.

Il est acceptable de dire que l'interprétation rapportant au fils de David est la lecture littérale, pour deux raisons principales notamment. Tout d'abord, le Targoum Yonatân, comme il a été vu, rapporte ce passage au Roi Messie. Or, le Targoum est une traduction araméenne composée, entre autre, pour un usage synagogale, à destination des Israélites qui ne pouvaient ne pas saisir la lecture hébraïque des rouleaux. Rattaché à la racine tirgâm, signifiant 'traduire, expliquer', son but est donc de rendre clair le Texte aux auditeurs, et non pas de livrer des interprétations relevant du drash ou du secret. Si donc l'auteur identifie le serviteur, dans ce passage, au Messie, c'est qu'il croyait logiquement qu'il s'agissait du sens premier, et non pas d'une interprétation allusive.

La seconde raison c'est la structure du Texte lui-même. Par exemple, il est écrit :

 

מֵעֹ֤צֶר וּמִמִּשְׁפָּט֙ לֻקָּ֔ח וְאֶת־דּוֹר֖וֹ מִ֣י יְשׂוֹחֵ֑חַ כִּ֤י נִגְזַר֙ מֵאֶ֣רֶץ חַיִּ֔ים מִפֶּ֥שַׁע עַמִּ֖י נֶ֥גַע לָֽמוֹ

"Du huit clos, du jugement pris, son âge, qui le narrera ? Oui, il a été coupé de la terre des vivants, de la faute de mon peuple, il est heurté pour eux" (53:8)

Le navi précise ici que le serviteur est atteint à cause de "la faute de mon peuple" (Mipésh'a 'ami). Or, si le sens premier était qu'Israël est frappé pour les péchés, il y aurait ici un problème, car cela ferait dire à Yesha'yahou que le serviteur/Israël est coupé à cause du péché d'Israël. La phrase n'a alors aucun sens selon l'interprétation littérale, et il faudrait dire : "Il [mon peuple] est coupé de la terre des vivants à cause de sa faute".

De même : "Dans sa pénétration, le Tsadik, Mon serviteur, justifiera plusieurs, lui il supportera leurs torts" (53:11). Être justifié, réparé par l'attachement au Tsadik est un des thèmes centraux de la 'Hassidout Breslev, et c'est ce que nous retrouvons ici. Le Tsadik est capable d'aller dans les obscurités les plus profondes pour aller chercher les âmes les plus éloignées, afin de les ramener à HaShem. Le sens littéral ne peut donc, là aussi, concorder avec Israël qui serait assimilé au serviteur car là encore cela ne ferait pas sens : 'Israël par sa connaissance justifie plusieurs" et "supporte leurs torts". C'est, au contraire, le Tsadik qui peut expier les fautes par sa mort, comme nous le verront plus bas.

Citons encore : "Pour non-violence faite, pour non-duperie sur sa bouche" (53:9). Le serviteur ici est innocent, c'est un Tsadik, mais il accepte de payer pour les fautes des autres. Le sens premier ne peut donc concerner Israël, puisqu'au contraire, Israël souffre pour ses fautes et arriver ainsi propre dans le 'olam haba, et non pour les fautes des autres : "Mais c'est, si tu n'entends pas la Voix d'HaShem ton E.lohim, pour garder et pour faire tous Ses ordres et Ses règles que Je t'ordonne aujourd'hui Moi-même, toutes ces malédictions viendront sur toi, elles t'atteindront" (Devarim/Deutéronome 28:15).

Le sens littéral concerne donc bien le Roi Messie, tandis que le sens midrashique concerne Israël, selon le principe que "le dirigeant est son peuple, et le peuple est son dirigeant", comme nous le voyons au sujet de Moshéh qui est descendu de sa grandeur au moment de la faute du veau d'or. De la même manière, puisque Rabbi Yeshou'a, que nous assimilons à ce passage, a été défiguré et jeté en exil parmi les Goyim, de même le peuple a suivi. Et, de même que le Rabbi voit son image restaurée en notre temps, de même Israël se restaure sur sa Terre et dans sa Torah de plus en plus.

« À de nombreuses reprises, les Prophètes et les Sages ont parlé du peuple en évoquant le Messie et ont parlé du Messie en évoquant le peuple... Comme l’on enseigné nos Sages : la génération est le dirigeant, et le dirigeant est la génération » (Don Yitshaq Abrabanel, Yechouot Méchi’ho 2:2)

« Moshéh était égal à tout Israël » (Rachi sur Shémot/Exode 18:1)

* * *

L'interprétation messianique étant établie, expliquons à présent la raison pour laquelle les Talmidim de Rabbi Yeshou'a de Natsérèt appliquent ce passage au Tsadik, qu'ils considèrent comme Mashia'h ben Yossef, et Mashia'h ben David en devenir.

Tout d'abord, il représente une réfutation à un argument souvent avancé, comme quoi Yeshou'a ne peut être le Roi Messie, puisqu'il n'a accomplit aucune des missions messianiques rapportées par le Rambam dans le chapitre Hilkhot Mélakhim de son Mishné Torah, à savoir rassembler tous les exilés, faire faire teshouvah aux Israélites, construire le Temple et gagner les guerres de Gog. Ici, nous voyons que le Messie, avant d'apporter la Délivrance Finale au monde, traverse un processus de rejet, d'abandon et de mort. Il n'est pas couronné Roi, ni spécialement acclamé, mais grâce à sa justice, il accepte d'aller jusqu'à la mort, être "coupé de la terre des vivants" afin d'expier les fautes, avant de connaître une résurrection car "ses jours sont prolongés". Plusieurs écrits de nos Maîtres vont dans ce sens :

"C'est bien pour celui qui explique que la cause (du deuil) est l'exécution du Messie fils de Yossef, car il est écrit "Et ils tourneront les regards vers moi, à cause de celui qu'ils ont percé. Ils pleureront sur lui comme on pleure sur un fils unique" (Zacharie 12:10)"  (Soukkah 52a)

"Le Saint Béni Soit-Il commencera à discuter avec lui et lui dira : les péchés de ceux ont été cachés avec toi (ta génération) viendront bientôt sur toi comme un joug de fer, et ils te rendront comme ce veau dont les yeux furent affaiblis. Et ils étoufferont ton esprit avec un joug, et ta langue sera bientôt attachée à ton palais par leurs péchés (Ps. 22:15). Le veux-tu? (...) Si ton âme est troublée, je les enlèverais (les malheurs) dès maintenant. Le Messie lui dira : Ribbon ha'olamim (maître des mondes)! C’est avec joie et réjouissance en mon coeur que je l’accepte pour qu’aucun en Israël ne soit perdu, et seront sauvés en mes jours non seulement ceux qui vivent mais aussi ceux qui sont dissimulés dans la poussière, et seront sauvés en mes jours non seulement ceux qui meurent mais aussi tous ceux qui sont morts depuis le premier Adam jusqu’à maintenant, et pas seulement eux mais aussi les morts nés et pas seulement les morts nés mais aussi ceux qui sont montés dans ta pensée pour être créés mais qui n’ont pas encore été créés. Si c’est ainsi, je le veux, si c’est ainsi, j’accepte le joug sur moi (...) Concernant ce moment, David pleura et dit: “ Ma force se dessèche comme l’argile” (Ps. 22:15). Lorsque ce moment viendra, le Saint béni soit-il lui dira: Efrayim, Mashia'h, ma justice, tu l’a déjà accepté (cette souffrance) depuis les six jours du commencement, et maintenant, ta douleur sera mienne" (Pesiqta Rabbati 161-162)

« Quand Israël était en terre sainte, les rituels et les sacrifices qu’ils accomplissaient enlevaient toutes ces maladies du monde, maintenant, c’est le Messie qui les enlève des fils du monde, jusqu’à ce que l’homme quitte ce monde et reçoit ses punitions, comme il est dit: si ses fautes deviennent plus nombreuses, on l’emmène dans le Guey-hinnom, au niveau le plus bas et il y reçoit plusieurs punitions à cause de la souillure qui est sur son âme. Et ils allument un feu plus grand pour nettoyer cette souillure. Les Anges de la destruction utilisent pour cela des bâtons de feu pour nettoyer cette souillure. Malheur à l’âme qui reçoit ces punitions! Heureux sont ceux qui gardent les préceptes de la Torah ! » (Zohar II, 212a)

Or, pour que le Messie ôte les fautes des Bnéi Israël en l'absence du Temple, il faut donc qu'il se soit manifesté auparavant afin de devenir une offrande expiatoire, prendre "la faute du peuple", et pouvoir, le temps de l'exil, être un substitut aux qorbanot. Cette notion de Tsadik souffrant est d'ailleurs rapportée par nos Maîtres :

 

« Pourquoi le récit de la mort de Miryam fait-il immédiatement suite au chapitre sur la vache rousse ? Pour t’enseigner que, de même que les offrandes procurent l’expiation, de même la mort des tsaddikim procure-t-elle l’expiation (Mo'éd Qatân 28a) » (Rachi sur Bamidbar/Nombres 20:1)

« Cela enseigne qu'HaShem le chargera [Le Messie] de mitsvot et de souffrances comme [un animal est attelé à] une meule » (Talmud Sanhédrîn 93b)

« Les souffrances ont été divisées en trois parties : l’une fut prise par les Pères du monde, la seconde par la “génération de l’apostasie”, la troisième par le Roi Messie » (Midrash Téhilim parasha 16:4)

D'ailleurs, le Rabbi lui-même a clairement annoncé que la Délivrance Finale ne viendrait pas à son époque :

"Se réveillera ethnie contre ethnie, royaume contre royaume [...] ils vous persécuteront, vous livreront [...] vous serez haïs par tous à cause de mon nom [...] ils seront déportés chez tous les Goyim, Yéroushalayim sera piétinée par des Goyim, jusqu'à ce que se remplissent les temps des Goyim" (Loucas/Luc 21)

Nul autre Juif que lui ne peut être autant assimilé à ces prophéties, même dans les détails : son tombeau fut celui d'un riche (Loucas 23:53), il est compté parmi les reshaïm par une majorité du peuple d'Israël, que ce soit à l'époque ou durant ce dernier exil, il a été méprisé et moqué. De manière tout à fait remarquable et paradoxale, il est vu tantôt par les uns comme le Roi Messie, le Tsadik, tantôt par les autres comme le pire des méchants. Il justifie les uns et est condamné par les autres. Il "prolonge ses jours" et l’œuvre d'HaShem prospère entre ses mains : en effet, en 2000 ans, il a transformé le monde des Goyim de l'intérieur en l'affinant et le préparant pour la Délivrance Finale (voir les paroles du Rambam à ce sujet), tel Yossef en Égypte.

Or, si il n'était qu'un rasha, comment pourrait-il durer tout ce temps ? Existe-il un faux messie ayant perduré 2000 ans ? Existe-il un homme divisant autant les foules, et étant vu de toutes les manières possibles et inimaginables ? Comment comprendre qu'il soit connu et suivi sur tous les continents, et que même parmi Israël, dans toutes les générations, il a eu des talmidim ? Certes, son image a été déformée par les Goyim, et beaucoup de choses contre la Torah propagées et faites en son nom. C'est la raison pour laquelle 'Mashia'h' possède la guématria de 'Na'hash' (serpent), car ces deux dimensions cohabitent en lui. Si il est mit dans le réceptacle de la Torah d'Israël, il dévoile la puissance messianique. Si il est jeté parmi les Goyim qui ne possèdent pas ce réceptacle, il dévoile une puissance déviée de type 'Na'hash'.

*

« Cette blessure qui le fait souffrir et le démange nous guérira, car HaShem nous pardonnera en son mérite et nous serons guéris de nos péchés et des fautes de nos pères » (Commentaire du Ramban sur le passouk « Mon Serviteur sera élevé »)